Conditions générales de vente

Clauses abusives dans les CGV : exemples, liste noire et liste grise

Peut-on exclure toute responsabilité dans ses CGV ? Modifier les prix à tout moment ? Conserver systématiquement un acompte ? Imposer au client des conditions de résiliation plus strictes que celles du professionnel ?

Le principe : dans un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur, une clause est abusive lorsqu’elle crée, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Certaines clauses sont directement interdites. D’autres sont seulement présumées abusives et doivent être appréciées plus précisément.

Qu’est-ce qu’une clause abusive dans des CGV ?

L’article L.212-1 du Code de la consommation vise les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat.

L’analyse ne consiste donc pas simplement à rechercher si une clause paraît sévère. Il faut apprécier le contenu du contrat, les circonstances de sa conclusion et l’équilibre général des droits et obligations des parties.

1

Le déséquilibre

La clause confère au professionnel un avantage important sans accorder au consommateur de droit équivalent.

2

Le contrat dans son ensemble

Une clause ne s’analyse pas toujours isolément. Le contexte contractuel peut être déterminant.

3

Le consommateur

Le régime des clauses abusives protège principalement les consommateurs et s’étend également aux non-professionnels.

Attention : le prix élevé d’un bien ou d’un service ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une clause abusive. Lorsque les clauses sont claires et compréhensibles, le contrôle prévu par l’article L.212-1 ne porte pas en principe sur l’adéquation du prix ou sur la définition de l’objet principal du contrat.

La liste noire : les clauses interdites dans les contrats avec un consommateur

L’article R.212-1 du Code de la consommation prévoit une liste de clauses irréfragablement présumées abusives.

Autrement dit, lorsque la clause correspond à l’une de ces situations, le professionnel ne peut pas démontrer qu’elle serait finalement équilibrée.

Type de clause Exemple de problème
Clauses inconnues du consommateur Faire accepter des conditions contenues dans un document auquel le consommateur n’a pas réellement eu accès avant le contrat.
Modification unilatérale essentielle Permettre au professionnel de modifier seul la durée, les caractéristiques essentielles ou le prix du bien ou service.
Interprétation par le seul professionnel Prévoir que seul le vendeur décidera si la prestation est conforme au contrat.
Obligations uniquement pour le consommateur Contraindre le client à payer alors que le professionnel ne fournit pas la prestation prévue.
Suppression du droit à réparation Exclure toute réparation en cas de manquement du professionnel.
Résiliation uniquement au profit du professionnel Permettre au professionnel de mettre fin au contrat librement sans droit équivalent pour le consommateur.
Sommes conservées sans prestation Autoriser le professionnel à conserver des sommes versées alors qu’il met lui-même fin au contrat.
Charge de la preuve inversée Imposer au consommateur de prouver un élément qui, normalement, doit être prouvé par le professionnel.
Important : ce tableau présente les situations les plus parlantes. La liste légale complète figure à l’article R.212-1 du Code de la consommation.

La liste grise : les clauses présumées abusives

L’article R.212-2 prévoit une seconde liste. Ces clauses sont présumées abusives, mais le professionnel peut apporter la preuve contraire.

Leur validité dépend donc davantage de la rédaction du contrat et de son contexte.

  • engagement ferme du consommateur alors que l’exécution du professionnel dépend de sa seule volonté ;
  • conservation des sommes versées par le consommateur sans mécanisme équivalent lorsque le professionnel se désengage ;
  • indemnité manifestement disproportionnée imposée au consommateur ;
  • possibilité pour le professionnel de résilier sans préavis raisonnable ;
  • cession du contrat susceptible de réduire les droits du consommateur ;
  • modification unilatérale de certaines obligations contractuelles ;
  • date d’exécution simplement indicative lorsque la loi ne le permet pas ;
  • résiliation plus difficile pour le consommateur que pour le professionnel ;
  • restriction injustifiée des moyens de preuve du consommateur ;
  • entrave à l’exercice d’une action en justice ou d’une voie de recours.
Différence essentielle : pour une clause de la liste noire, la présomption ne peut pas être renversée. Pour une clause de la liste grise, le professionnel peut essayer de démontrer que la clause n’est pas abusive compte tenu du contrat concerné.

Exemples de clauses abusives ou à haut risque dans des CGV

Voici les formulations que les entrepreneurs rencontrent le plus souvent lorsqu’ils cherchent à vérifier leurs conditions générales de vente.

1. Peut-on exclure toute responsabilité ?

« Le vendeur ne pourra en aucun cas être tenu responsable d’un dommage résultant de l’exécution du contrat. »

Une exclusion générale de toute réparation au profit du professionnel est particulièrement problématique. Le Code de la consommation interdit notamment les clauses supprimant ou réduisant le droit du consommateur à réparation en cas de manquement du professionnel.

→ Clause à proscrire dans cette rédaction.

2. Peut-on modifier le prix à tout moment ?

« Le vendeur pourra modifier librement le prix après la commande, sans que le client puisse s’y opposer. »

Donner au professionnel le pouvoir de modifier unilatéralement le prix ou les caractéristiques essentielles après l’engagement du consommateur est susceptible de relever directement de la liste noire.

→ Clause particulièrement risquée.

3. Peut-on conserver toutes les sommes versées si le client annule ?

« Toute somme versée restera définitivement acquise au professionnel, quelle que soit la raison de l’annulation. »

Une clause de ce type doit être examinée avec prudence. Les clauses permettant au professionnel de conserver les sommes versées par le consommateur sans réciprocité peuvent relever de la liste grise.

→ Le mécanisme doit être équilibré et adapté au contrat.

4. Peut-on prévoir une pénalité très élevée contre le client ?

« Tout retard du client entraînera automatiquement une indemnité égale à trois fois le prix total du contrat. »

Une indemnité manifestement disproportionnée imposée au consommateur en cas d’inexécution figure parmi les clauses présumées abusives.

→ La pénalité doit rester proportionnée.

5. Peut-on rendre la résiliation plus difficile pour le client ?

« Le professionnel peut mettre fin au contrat par simple email, tandis que le client devra adresser une lettre recommandée six mois à l’avance. »

Une différence importante entre les modalités de résiliation du professionnel et celles du consommateur peut relever de la liste noire ou grise selon la configuration du contrat.

→ La réciprocité doit être vérifiée.

6. Peut-on imposer au consommateur de renoncer à tout recours ?

« Le client renonce à toute action devant une juridiction concernant le présent contrat. »

Une clause qui supprime ou entrave l’exercice d’une action en justice ou d’une voie de recours est présumée abusive.

→ Une telle renonciation générale n’est pas appropriée.

Peut-on imposer un tribunal au consommateur dans les CGV ?

Une clause du type « tout litige sera exclusivement porté devant le tribunal du siège du vendeur » doit être maniée avec une grande prudence lorsqu’elle vise un consommateur.

Le Code de la consommation permet notamment au consommateur de saisir la juridiction du lieu où il demeurait au moment de la conclusion du contrat ou de la survenance du fait dommageable, en plus des juridictions territorialement compétentes selon les règles ordinaires.

En pratique : une clause ne doit pas donner au consommateur l’impression qu’il est privé des options de compétence territoriale que la loi lui reconnaît.

Une clause peut-elle supprimer le droit de rétractation ?

Une entreprise ne peut pas simplement écrire dans ses CGV que « le client renonce à tout droit de rétractation » pour écarter les dispositions légales applicables.

En revanche, le droit de rétractation connaît des exceptions prévues par la loi. Selon la nature du produit ou du service, il peut ne pas exister ou être perdu dans certaines conditions.

La nuance est essentielle : ce n’est pas la volonté du vendeur qui supprime le droit de rétractation. Il faut pouvoir rattacher l’absence de droit ou sa perte à une disposition légale applicable à la situation.

Évitez les clauses génériques qui ne correspondent pas à votre activité

Une clause de responsabilité, d’annulation ou de résiliation ne doit pas être ajoutée simplement parce qu’elle semble favorable au vendeur.

Le questionnaire JURISMODELE permet de générer un modèle de CGV à partir des informations correspondant à votre situation.

Que se passe-t-il lorsqu’une clause des CGV est abusive ?

Le Code de la consommation prévoit que les clauses abusives sont réputées non écrites.

Cela signifie que la clause est écartée, sans nécessairement faire disparaître l’ensemble du contrat.

1

La clause est écartée

Elle ne produit pas l’effet contractuel recherché.

2

Le contrat peut subsister

Les autres dispositions continuent à s’appliquer si le contrat peut fonctionner sans la clause.

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D’autres conséquences sont possibles

Selon le contexte, le professionnel peut également faire l’objet d’actions ou de sanctions prévues par le Code de la consommation.

Depuis 2025 : une amende civile peut notamment être prononcée contre un professionnel qui continue d’utiliser, dans des contrats identiques, une clause déjà jugée abusive par une décision devenue définitive à son égard.

Le régime des clauses abusives s’applique-t-il entre professionnels ?

Les articles L.212-1 et suivants du Code de la consommation concernent les contrats conclus entre professionnels et consommateurs et s’étendent aux non-professionnels.

Les relations entre deux professionnels relèvent d’autres règles. La notion de déséquilibre significatif existe également en droit commercial, mais elle obéit à un régime différent.

Il faut donc éviter de mélanger : une « clause abusive » au sens du Code de la consommation et un éventuel déséquilibre significatif dans une relation commerciale B2B ne relèvent pas exactement des mêmes textes.

Comment éviter les clauses abusives dans ses CGV ?

  • évitez les exclusions générales de responsabilité ;
  • vérifiez la réciprocité des droits de résiliation ;
  • ne prévoyez pas une modification discrétionnaire du prix ;
  • évitez les pénalités manifestement disproportionnées ;
  • respectez les droits légaux du consommateur ;
  • ne limitez pas artificiellement les voies de recours ;
  • adaptez les clauses à l’activité réellement exercée ;
  • vérifiez les listes des articles R.212-1 et R.212-2 ;
  • mettez les CGV à jour lorsque votre fonctionnement évolue.

→ Comprendre pourquoi il faut personnaliser ses CGV

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Questions fréquentes sur les clauses abusives dans les CGV

Qu’est-ce qu’une clause abusive ?

Il s’agit d’une clause qui crée, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat.

Quelle différence entre liste noire et liste grise ?

Les clauses de la liste noire sont irréfragablement présumées abusives : le professionnel ne peut pas démontrer le contraire. Les clauses de la liste grise sont seulement présumées abusives et le professionnel peut apporter la preuve contraire.

Une clause qui exclut toute responsabilité est-elle valable ?

Une clause supprimant ou réduisant le droit à réparation du consommateur en cas de manquement du professionnel figure parmi les clauses interdites. Une clause de responsabilité doit donc être rédigée de manière beaucoup plus précise.

Le professionnel peut-il modifier ses prix à tout moment ?

Une clause donnant au professionnel la possibilité de modifier librement et unilatéralement le prix après la conclusion du contrat est particulièrement problématique. Certaines possibilités de modification existent dans des situations spécifiques, mais elles sont strictement encadrées.

Peut-on imposer une pénalité au consommateur ?

Oui dans certaines situations, mais une indemnité manifestement disproportionnée peut être présumée abusive.

Peut-on imposer un tribunal déterminé au consommateur ?

Une clause ne doit pas priver le consommateur des règles de compétence que la loi lui reconnaît. Le Code de la consommation lui permet notamment de saisir la juridiction de son domicile dans certaines conditions.

Que devient une clause reconnue abusive ?

Elle est réputée non écrite. Le contrat continue néanmoins à s’appliquer dans ses autres dispositions s’il peut subsister sans cette clause.

Le régime des clauses abusives s’applique-t-il aussi aux CGV B2B ?

Le régime du Code de la consommation concerne principalement les consommateurs et les non-professionnels. Les relations entre professionnels peuvent relever d’autres règles, notamment en matière de déséquilibre significatif.

Comment éviter les clauses abusives dans ses CGV ?

Il faut éviter les clauses excessivement unilatérales, vérifier les listes réglementaires, respecter les droits légaux du consommateur et adapter le document au fonctionnement réel de l’entreprise.

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